 |
 |
| |
Le
commerce de la mort !
Des médicaments
contrefaits et expirés en vente libre, des hôpitaux illégaux sous
contrat dans un programme d'auto assurance étatique...sont autant de
menaces à la santé de chaque Haïtien. Ministres, parlementaires et
agents municipaux veulent faire échec à ce commerce de la mort !
La production des médicaments contrefaits ne dépend pas seulement
d'escrocs étrangers, mais aussi d'une mafia bien installée en Haïti. «
Beaucoup de ces médicaments sont produits dans le pays », a affirmé le
sénateur Kelly Bastien, membre de la commission santé du Sénat de la
République. Des entreprises légalement reconnues sont impliquées dans la
vente des médicaments contrefaits », dénonce le médecin parlementaire
préoccupé par les opérations de cette industrie juteuse pour la mafia,
mais nocive pour la santé des Haïtiens.
Le commerce de la mort dénoncé par le parlementaire, ironie du sort, se
pratique même dans des hôpitaux, a constaté le ministre de la Santé
publique, Robert Auguste. « Des médicaments antituberculeux volés au
Cap-Haïtien et d'autres produits pharmaceutiques, soit expirés soit
contrefaits, dit-il, ont récemment été confisqués à l'Hôpital de La Vie.
» Ces médicaments, depuis le début de l'année, ont causé la mort d'au
moins quatre personnes dans la région de l'Artibonite et dans la zone
métropolitaine. La dernière victime s'appelle Ansy Georges, une jeune
mariée qui se faisait soigner pour un fibrome. Elle a succombé sept
minutes après que le médecin soignant lui eut administré une piqûre. Le
« UV » meurtrier, déplore le ministre, est une contrefaçon achetée dans
le même centre hospitalier illégal. Sa directrice -pour échapper à toute
poursuite- aurait pris la poudre d'escampette.
« La mort de la jeune dame à l'Hôpital la Vie a servi de leitmotiv, mais
ce n'est pas la seule motivation qui nous pousse à agir », a répliqué le
ministre Robert Auguste aux critiques acerbes des parlementaires face à
la décision tardive d'interdire la vente de médicaments sur le marché
informel. Depuis la sortie d'un communiqué conjoint du ministère de la
Santé publique et de la Mairie de Port-au-Prince, une quantité
importante de médicaments a été confisquée par des agents municipaux.
Mais pas assez pour débarrasser la zone métropolitaine des lots qui y
circulent. Des opérations similaires, depuis plusieurs mois, ont été
menées dans certaines villes de province dont Gonaïves où un SAT (sérum
anti-tétanique) avait provoqué plusieurs décès.
Une affaire d'Etat
« La lutte contre les médicaments contrefaits et les produits avariés
est une affaire d'Etat », a affirmé le sénateur Kelly Bastien qui
s'exprimait à l'issue de plusieurs heures de débats avec le ministre de
la Santé publique, Robert Auguste, inquiété par la vente libre de
certains produits et les hôpitaux illégaux qui poussent comme des
champignons. La justice, la douane et la police, a estimé le
parlementaire, doivent s'associer à la croisade du ministère de la Santé
publique qui veut sortir les médicaments du circuit informel. Le Premier
ministre Jacques-Edouard Alexis et le ministre de la Justice René
Magloire, a annoncé le sénateur Bastien, pourront être convoqués à une
séance de travail de la commission santé du grand corps pour s'attaquer
à la puissante industrie des « médicaments qui tuent ».
Les « hôpitaux bidons » implantés à la faveur de la déliquescence de
l'État préoccupent davantage les membres de la commission santé du Sénat.
Certains de ses hôpitaux seraient des sous-contractants dans un
programme d'auto-assurance de l'Etat. Ce programme remis en question,
pour l'une des rares fois, par les parlementaires, coûte mensuellement
19 millions de gourdes au trésor public. A cette somme considérée comme
« faramineuse » par un sénateur, s'ajoutent 2,4 millions de gourdes
fournies tous les mois au Groupe santé plus, gestionnaire du programme.
« L'Etat haïtien verse aussi 1 million de gourdes mensuellement à une
firme privée pour la supervision des installations sanitaires dans le
cadre du programme d'auto-assurance des agents de la fonction publique
», a ironisé un député.
|
|
 |
 |
| Cône de médicaments saisie à la
rue Oswald Durand |
| (Photo: Rood Chéry) |
| |
 |
| Des agents de sécurité du MSPP
ramassant des médicaments étalés sur le sol |
| (Photo: Rood Chéry) |
| |
 |
| Le Dr Gabriel Thimothé
s'adressant à des journalistes |
| (Photo: Rood Chéry) |
|
|
 |
| |
Aux grands maux, de grands remèdes
Des observateurs
se demandent pourquoi s'attaque-t-on aux marchands de
médicaments dans les rues, alors que les grossistes ne sont
point inquiétés? Remonter la filière des gros importateurs,
identifier ces derniers ne faciliterait-il pas le travail du
Ministère de la Santé publique? Jeudi après-midi, des "pharmaciens
ambulants" ont été littéralement assaillis par des agents de la
PNH et du MSPP.
Un marchand ambulant de médicaments a été menotté puis
relâché au même moment au Portail Léogâne lors de l'opération
coup de poing mené par des officiers sanitaires du ministère de
la Santé publique, jeudi après midi, dans le cadre de
l'interdiction de vente de produits pharmaceutiques dans les
rues et dans les autobus.
Bravant les agents de la Police nationale d'Haïti, ce marchand a
lutté vainement pour empêcher la saisie de son important chariot
de médicaments. Les policiers, les officiers sanitaires et les
agents de sécurité du ministère de la Santé se sont rués sur son
chariot et ont tout basculé dans un pick-up rempli de
médicaments à ras bord.
L'absence remarquable d'inspecteurs de la mairie de
Port-au-Prince
C'était un véritable branle-bas au Portail. Des gens accouraient,
de longues files de voitures se formaient. Des marchands
tentaient de s'enfuir avec leurs cônes de médicaments ; des
agents les en empêchaient. Les tablettes de comprimés et les
bouteilles de sirop répandues sur le sol étaient aussitôt
ramassées par des marchands en pleurs et d'autres profiteurs
noyés dans le public. « Yo pap janm atake ajans yo ni gwo
zouzoun k ap vann nou medikaman yo », se plaint une victime,
citant les noms de quelques agences de produits pharmaceutiques
faisant le commerce avec les petites bourses.
Les observateurs sur place ont pu constater l'absence des
inspecteurs de la municipalité de Port-au-Prince. Récemment,
dans un communiqué de presse publié conjointement avec la mairie
de Port-au-Prince, le ministère de la Santé publique avait fait
savoir que des officiers sanitaires et des inspecteurs de ladite
municipalité allaient être déployés afin de procéder à la saisie
des médicaments à travers les rues.
L'opération menée sans les inspecteurs municipaux a démarré à la
rue Mgr Guilloux. Au marché Salomon, il n'y avait pas un chat.
L'information avait fuité. A la rue Oswald Durand, quelques
incrédules ont fait les frais de l'opération. Elle s'est
poursuivie sur une portion du Boulevard Jean-Jacques Dessalines.
« Yo kite nou de bra balanse », crie un marchand. D'autres
réclament des mesures d'accompagnement. « Tout vi m se la li ye,
wi », enchaîne une autre victime.
Le point de presse du MSPP
Tout de suite après la grande razzia à travers les rues, un
point de presse a eu lieu au ministère de la Santé publique. Continuer
> |
|
| |
« Quelle
alternative pour les marchands de médicaments ? » ont demandé
des journalistes au directeur général du ministère de la Santé,
le Dr Gabriel Thimothé. Celui-ci a fait remarquer que le
ministère ne peut pas entrer dans une logique de dédommagement.
D'autres entités de l'Etat, comme le ministère des Affaires
sociales, pourraient s'en charger, a-t-il laissé entendre.
« Il semblerait qu'un laboratoire dominicain produit des
médicaments contrefaits pour Haïti », a informé Dr Thimothé.
Beaucoup de médicaments proviendraient dans la zone d'Elias
Pinas, par la frontière haitiano-dominicaine. Une enquête est en
cours, a-t-il ajouté. Entre-temps, le MSPP a déjà rencontré un
collège de médecins dominicains, récemment venus en Haïti.
Les médicaments contrefaits, qualifiés de tueurs, sont un danger
pour la population haïtienne. Cette question, a déclaré Dr
Thimothé, sera soulevée à un niveau plus élevé entre les
autorités haïtiennes et dominicaines.
Parallèlement aux saisies effectuées à Port-au-Prince, des
actions sont menées à Desdunes, à Marchand, au Cap, à St-Marc et
aux Gonaïves. Un certain Andieu Pierre, propriétaire d'un
laboratoire de produits pharmaceutiques, dans le quartier de K-soleil,
a été arrêté et mis en garde à vue aux Gonaïves, le mois
dernier, à la suite d'une décente des lieux d'inspecteurs
sanitaires du ministère de la Santé publique et d'agents de la
Police nationale d'Haïti.
Pour détruire les stocks de médicaments récupérés, le MSPP fera
venir en Haïti un incinérateur spécial, a mentionné Dr Gabriel
Thimothé tout en soulignant que les opérations de saisies vont
s'intensifier dans les prochains jours. D'autres mairies se
trouvant dans l'aire métropolitaine, notamment Tabarre, Pétion-Ville,
Carrefour et Delmas ont répondu à l'appel du ministère de la
Santé publique.
Les observateurs se demandent pourquoi s'attaque-t-on aux petits
marchands alors que les grossistes ne sont point inquiétés?
Des agences de distribution et pharmacies de la place liquident
des médicaments expirés aux petits marchands. Des produits
pharmaceutiques contrefaits circulent librement sur le marché.
Quelles sont ces agences? Depuis quand fonctionnent-elles dans
le pays? Quels sont les moyens dont elles disposent? Comment
arrivent-elles à contourner tout contrôle légal? A un moment où
la presse mentionne des décès survenus à la suite de la
consommation de médicaments contrefaits, il est urgent de
remonter à la source du problème. Quand la santé de la
population est menacée, il faut de grands remèdes.
|
|
|
|