• Le Centre Hospitalier de la vie, un hôpital fatôme où une femme a trouvé la mort récemment
    (Photo: François Louis)
     
         
         
     

    Des institutions sanitaires entre ombre et lumière
     

     

    Des centres hospitaliers pullulent à la capitale. Robert Auguste, le ministre de la santé, semble avoir trouvé le moyen de les sortir de l'ombre.

    Sur la façade lézardée d'un immeuble sis au coeur de la capitale, des gravures murales craquelées indiquent qu'on y offre des soins de santé 7/7 et 24/24.

    Comme des trophées, des plaquettes en bois avec les noms des médecins et leur spécialité sont accrochés à un mur sur lequel débouche un couloir servant à la fois de porte d'entrée et de sortie. Rechercher et trouver une issue de secours en cas d'incendie est une illusion, une chimère.

    Au bout d'une succession d'escaliers grimpé avec l'échine presque pliée, on arrive au deuxième étage de cette bâtisse crasseuse ayant l'air d'un bunker où l'on parque, dans la chaleur ambiant, un petit laboratoire...

    Juste en face de l'administration, alors que l'on tentait de faire démarrer une vielle génératrice, un membre du personnel, l'air convaincant, explique à la fille d'un malade venu s'enquérir du coût de la chambre que son père « aura tout le confort et les soins nécessaire à son rétablissement ».

    « Je ne veux tout simplement pas laisser la vie de mon père qui souffre d'une prostatite à la fantaisie des grévistes de métier de l'hôpital général », dit-elle à son interlocuteur en essayant de joindre l'urologue de son papa au téléphone.

    En quête d'alternative aux faiblesses des institutions sanitaires publiques, savoir si cet hôpital privé détient l'autorisation de fonctionnement du Ministère de la Santé Publique et de la Population semblait être le cadet des soucis de cette femme.

    Comme des champignons...

    Selon le Dr Mona Duperval, responsable de la Direction d'organisation des services de santé (DOSS), une bonne partie des institutions sanitaires qui pullulent en Haïti et surtout dans la zone métropolitaine n'a pas l'autorisation de fonctionnement.

    La patronne de cette entité qui a pour mission l'élaboration et le suivi de la mise en oeuvre de la politique de l'Etat en matière d'organisation des structures de santé à tous les niveaux révèle que des dispositions sont en passe d'être prises afin de régulariser cette situation.

    A cet effet, explique-t-elle, toute institution sanitaire, pour fonctionner, sera évaluée à partir de deux documents : le Paquet Minimum de Service (PMS) et le Manuel de Standard d'accréditation, de certification et de fonctionnement.  
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      Et 6 mois avant l'expiration de leur permis, les institutions sanitaires devront effectuer des démarches auprès de la DOSS en ce sens, selon le Dr Mona Duperval qui souligne que les permis en cours qui s'étalaient sur des périodes de 2 et de 5 ans ne seront pas cassés.

    « Je ne suis pas venu fermer les hôpitaux. Au contraire, je suis là pour les aider à améliorer la qualité des services fournis à la population », renforce le Docteur Robert Auguste, le ministre de la Santé Publique.

    Il explique également que des séminaires de formation sur le Paquet Minimum de Service (PMS) et le Manuel de Standard d'accréditation, de certification et de fonctionnement ont été organisés à travers le pays pour sensibiliser les responsables d'hôpitaux.

    Soulignant que la politique de contrôle du ministère repose sur le DOSS, Dr Auguste promet de pourvoir cette entité de ressources humaines et logistiques nécessaires à l'accomplissement de sa mission.

    « Je reconnais que la santé est malade dans un pays où nous avons mis 20 ans à détruire », dit-il par ailleurs, en passant en revue les failles, les carences de matériel et de ressources humaines qualifiées.

    Comment voulez-vous qu'un hôpital ne dispose pas d'une ambulance, d'un défibrillateur en cas d'arrêt cardiaque, enchaîne-t-il avec une pointe d'amertume en regrettant que le grand public ne se soit vraiment intéressé à l'état des institutions sanitaires qu'après les drames, les décès survenus à l'Hôpital de la vie à la rue Waag et à Médimax?

    « Le problème de la santé est complexe », fait-t-il remarquer en rappelant également, au passage, la détermination du président René Préval à s'attaquer à la mafia, à la corruption.

    La contrefaçon des médicaments relève de la mafia, la vente de médicaments périmés est de la corruption, poursuit-il en jurant de combattre ces phénomènes.

    Reconnaissant que la prolifération des institutions sanitaires privées est une réponse à la faiblesse des structures publiques, le ministre de la Santé s'est fait un point d'honneur de mettre en garde contre les dérives.

    Mais, en attendant, au nom de la débrouillardise, il faut aussi veiller à ne pas faire plus de tort que de bien d'autant que l'étude et la pratique sont extrêmement délicates.

    Qui peut dire combien de personnes ont contracté des maladies ou même trouvé la mort en allant chercher des soins dans des institutions sanitaires fantômes, comme celles situées en plein coeur de Port-au-Prince où vivent plus de 2 millions de personnes ?